Littérature
et altérité
Entretien
avec Jean-Jacques Lecercle, co-auteur, avec Ronald Shusterman,
de L’Emprise des signes (Seuil, 2002).
Alexandre
Prstojevic: Dans votre dernier livre L’Emprise des signes,
vous proposez une vision de la littérature comme lieu de contact
avec l’altérité. Pouvez-vous expliciter cette notion ?
Jean-Jacques
Lecercle: La vraie littérature n’est pas le lieu de revendication
d’identité mais plutôt le lieu de contact faste avec l’altérité :
je ne lis pas pour me reconnaître mais pour rencontrer l’autre.
Il ne faut pas prendre cela dans un sens mystico-lévinasien. Je
suis angliciste et je m’intéresse à une littérature qui n’est
pas la mienne, dans laquelle, si je cherche des représentations
de ce que je suis en tant que Français, je ne trouve que des représentation
soit comiques, soit odieuses – tout au moins dans la grande littérature
classique anglaise – mais dans laquelle je perçois une altérité
culturelle qui m’intrigue et qui m’intéresse.
Je
pense que la littérature est l’un des rares moyens que j’ai de
sortir de mon solipsisme natif, de pénétrer dans ce qui est par
définition impénétrable : la conscience d’autrui telle qu’elle
est reconstruite imaginativement dans les textes littéraires.
Si
l’on prend cette expérience qui appartient à notre vie quotidienne
et qui est la rencontre amoureuse, on voit que celui qui est amoureux
a terriblement envie de savoir ce qui se passe dans la tête de
l’autre. Naturellement, il ne le peut qu’en interprétant des signes,
interprétation qui est aléatoire, source de malentendus, etc.
Ce désir d’entrer dans la conscience de l’autre, que la vie quotidienne
nous refuse, la littérature nous le donne. J’ai un accès à l’altérité,
et cet accès me permet de revenir sur moi dans de meilleures conditions.
A.P.:
Cette approche fait penser à la proposition de Dorrit Cohn [1] qui voit dans l’accès à
la conscience des personnages l’un des marqueurs principaux de
la fictionnalité…
La
question des critères de la fictionnalité est extrêmement compliquée.
Par le passé, il y a eu des tentatives diverses et en général
aporétiques pour la résoudre.
Dans
la philosophie de la fiction anglo-saxonne a cours l’idée qu’il
n’y a pas de marqueurs linguistiques de la fiction. C’est l’article
célèbre de Searle sur le statut ontologique des personnages de
fiction. Son idée est que seule l’intention de l’auteur peut distinguer
la fiction de la non-fiction.
Je
reconnais qu’il est difficile de trouver des marqueurs linguistiques
convaincants de la fiction, dans la mesure où je défends l’idée
que – étant un jeu de langages englobant – la fiction inclut toutes
les autres formes de textes.
Autrement
dit, un texte de fiction est capable de citer le bottin de Hauts-de-Seine
dans lequel il n’y a pas de marqueurs de fiction. Mais s’il doit
y avoir de tels marqueurs, il est vrai qu’on va les trouver plutôt
du côté de la présence dans le texte d’un contenu de conscience.
Au fond, les seules analyses convaincantes qui cherchent à fonder
linguistiquement la différence entre la fiction littéraire et
la non-fiction sont des analyses qui insistent sur le point de
vue et sur le flux de conscience.
Searle
prend comme exemple le début d’un roman d’Iris Murdoch où l’auteur
décrit une parade militaire. Ce début ne trahit d’aucune façon
sa nature romanesque : on ne peut pas savoir s’il est extrait
d’un roman ou d’un article de journal. En même temps, il suffit
de prendre comme contre-exemple l’extrait du dernier chapitre
d’Ulysse et le monologue de Molly Bloom, pour se dire qu’il
y a des marques qui n’apparaissent pas dans de la non-fiction
– sauf par parodie – et qui sont justement liées au fait qu’on
accède de façon spectaculaire à un flux de conscience.
A.P.:
Une autre question sous-tend votre ouvrage et lui donne une résonance
spécifique : celle de la fonction cognitive de la littérature.
Peut-on parler à propos du roman d’une véritable cognition ?
Une telle approche est-elle sérieuse ?
Jean-Jacques
Lecercle: Je ne nie pas le fait que la fiction n’est
pas l’exposition factuelle de connaissances testables sur le monde
extérieur. Si je veux visiter Paris, j’ai intérêt à utiliser un
guide touristique plutôt qu’un ouvrage de fiction. Cela étant,
je vous fait remarquer que ce type de connaissance n’est pas le
seul type de connaissance qu’on peut acquérir.
Il
existe trois autres types de connaissance que la fiction nous
donne.
Il
y a ce que j’appelle les connaissances personnelles. Il faut que
je refasse en tant qu’individu l’apprentissage que des générations
ont faites avant moi. Il faut que j’apprenne à vivre, il faut
que j’apprenne à me reconnaître dans le monde où je vis, et cet
apprentissage ne se fait pas par les ouvrages du type que vous
indiquez, parce qu’il ne s’apprend ni à l’école, ni dans les manuels.
Il s’apprend dans les relations quotidiennes. Il s’apprend aussi
dans ce qui est la traduction linguistique de l’expérience :
dans la fiction, en particulier dans les romans.
Il
y a la connaissance indirecte. Les acteurs d’une situation sociale
ne prennent pas connaissance de cette situation uniquement de
façon directe par le biais d’éléments de savoir transmis explicitement.
Ils en prennent conscience aussi de façon indirecte, par l’ensemble
des productions de la société en question, parmi lesquelles se
trouve la littérature.
Prenons
une théorie du roman qui cherche à distinguer ce qu’est un grand
roman et ce qu’un grand roman doit faire ; je pense à cette
théorie tout à fait étonnante, quoique relativement fausse quant
à ses résultats, qu’a développée Lukacs dans les années trente :
Lukacs, qui visiblement ne comprenait rien ou ne voulait rien
comprendre au modernisme, et pour qui le roman avait commencé
à décliner à partir de 1848, soutenait que, dans le roman, il
y avait une forme de connaissance de la société qui échappait
tout aussi largement aux acteurs sociaux de l’époque qu’à l’auteur
même du roman, et qui anticipait sur la connaissance au sens strict
que peut donner une analyse scientifique. Pour prendre l’exemple
canonique de Lukacs : sa position dans la société (sa position
de classe s’entend) permettait à Balzac d’avoir une compréhension
de la société capitaliste qui anticipait sur les explications
de Marx. Bien sur, on se trouve dans un cadre où l’on croit que
l’analyse marxiste est une analyse scientifique. Cet exemple montre
toutefois qu’il y une temporalité de la connaissance qui n’est
pas nécessairement la temporalité de la connaissance positive,
et dans laquelle la littérature joue un rôle tout à fait important.
Il
y a un troisième – et c’est le plus évident – type de connaissance
que nous propose la littérature : une connaissance pratique
du langage et de son fonctionnement, qui est souvent beaucoup
plus intéressante que celle qu’en donne la linguistique.
Je
vous donne un exemple célèbre, qui est tiré de Lewis Carroll.
Il y a, dans Alice au pays des merveilles, un épisode qui
s’appelle « l’Episode du It ». C’est l’épisode où les
animaux qui se sont mouillés dans la mare aux canards sont en
train de se sécher. Pour les sécher, la souris leur raconte l’histoire
la plus ennuyeuse qu’elle connaisse (en anglais il y a un jeu
sur le sens du mot dry qui signifie à la fois « sec »
et « ennuyeux ».) Cette histoire – tirée d’un manuel
destiné à l’école primaire – contient une phrase qui commence
par « Someone found it advisable to… ». Or, dès que
la souris de Carroll prononce cette première phrase, elle est
interrompue par le canard qui lui demande de préciser le référent
de ce « It ». L’écrivain est conscient que ce « It »
n’est pas un pronom anaphorique normal (il n’a pas de référent),
mais que c’est un élément grammatical qui anticipe sur la proposition
infinitive qui suit. Le « It » est ici ce qu’on appelle
en termes techniques une trace d’extraposition.
Pour
voir la théorie de l’extraposition scientifiquement élaborée,
il faut attendre Chomsky. Il faut attendre une bonne centaine
d’années.
A.P.:
En partant de l’exemple de Portrait of a Village, vous
concluez que « […] la persistance du texte impose le passage
de l’identité à l’altérité. Un texte ne survit que s’il est capable
de porter une expérience d’altérité […] » Vous accordez ainsi
au temps un rôle assez ingrat d’agent qui « altère »
le sens original du récit fictionnel, l’éloigne du lecteur et
produit un effet d’altérité qui me fait penser à ce qu’on appelle
plus communément l’inscription du sens dans une œuvre ou, plus
simplement encore, la variation des lectures…
Jean-Jacques
Lecercle: Il faut préciser d’abord que l’auteur de ce
roman est un auteur anglais de l’entre deux guerres, qui était
un romancier à succès et qui a maintenant complètement disparu.
Il excellait dans un genre particulier qui était la description
mythique du village anglais, et dans lequel ses lecteurs se reconnaissaient
volontiers.
Où
est l’altérité là-dedans me direz-vous ?
Elle
est nécessairement temporelle puisque je lis en 2002 un texte
écrit en 1930, et puisque je perçois plus facilement l’aspect
mythique, nostalgique de ce texte. Bien entendu, cette nostalgie
n’a pas complètement disparue dans l’Angleterre d’aujourd’hui.
Elle a pris la forme d’une protestation contre l’interdiction
de la chasse aux renards, ou de la nostalgie du cottage aux toits
de chaume. Il n’en reste pas moins que croire à ce qui était déjà
un mythe dans les années trente devient aujourd’hui franchement
difficile.
Cette
altérité est aussi spatiale. Si je me mets à la place du lecteur
français à l’époque où ce roman a paru, je perçois un effet d’altérité
très fort, puisque la relation à la campagne n’a jamais été la
même en France et en Angleterre.
Il
ne faut pas pour autant prendre cette expérience de l’altérité
pour une déréliction. C’est une caractéristique extrêmement faste
des grands textes littéraires que d’être capable de se recontextualiser,
c’est-à-dire d’être capable de faire sens dans une conjoncture
historique totalement différente de celle dans laquelle ils sont
apparus pour la première fois.
Il
est vrai que l’œuvre de Dickens a certains aspects qui sont totalement
insupportables au lecteur moyen, et qui ont fait que sa popularité
auprès du grand public anglais a baissé et qu’elle n’est maintenue
en quelque sorte que par le système scolaire. Néanmoins, je peux
en tant que lecteur du vingt et unième siècle trouver un extraordinaire
plaisir à lire Dickens, parce que d’autres aspects de son écriture
et de son œuvre, eux, sont recontextualisables, comme, par exemple,
sa verve comique.
L’expérience
temporelle de l’altérité est inévitable. C’est une source de corruption
au sens général du terme, car le texte finit par se corrompre,
dans certains cas il est même question d’une disparition matérielle.
C’est aussi une chose qui permet de distinguer une littérature
meilleure qu’une autre, celle qui arrive à survivre à l’épreuve
du temps. Cela pose un problème intéressant qui est la question
de la justice ou de l’injustice du jugement de la postérité.
A.P:
Vous n’hésitez pas à porter des jugements qualitatifs sur les
œuvres littéraires. C’est un procédé qui apparaît aujourd’hui
comme un acte courageux, une attitude « politiquement incorrect »…
Jean-Jacques
Lecercle: C’est la réaction à une forme exagérée de ce
qu’on appelle aux Etats-Unis le politiquement correct. Pour faire
un programme, il faut qu’il y ait une représentation démographique
des femmes, des minorité ethniques etc. Or, si vous faites un
programme concernant le XVIIe siècle, vous vous rendez
compte que jusqu’au XVIIe siècle il n’y a pas de femmes,
parce que les femmes n’écrivaient pas. Il n’y a pas non plus de
minorités ethniques, puisque les minorités ethniques n’écrivaient
pas. Donc, vous avez des problèmes. En ce qui concerne le XXe
siècle, pour qu’il y ait un équilibre entre les blancs et les
non-blancs, entre les hommes et les femmes, on est amené à mettre
dans des programmes des auteurs secondaires, mais qui font la
preuve qu’ils ont une bonne origine. C’est quelque chose contre
lequel je m’élève. Je pense que l’une des tâches du critique littéraire
est de distinguer ce qui vaut le nom de littérature et ce qui
ne le mérite pas.
Dans
le livre je me paye la tête de ce livre – Push – qui a
eu un grand succès et qui est un roman qui marche uniquement aux
bons sentiments. Ce roman est une caricature du politiquement
correct. Je crois qu’il faut dire que c’est un mauvais roman.
Il faut oser dire qu’il y a des mauvais romans.
Si
on compare Marcel Proust à Paul Loup Sulitzer, on n’a pas de mal
à le prouver. Mais il y a des cas beaucoup plus compliqués. L’un
de nos devoirs – je parle aussi en tant qu’enseignant – est d’expliquer
qu’il vaut mieux lire Frankenstein de Mary Shelley que
Carrie de Stephen King. Cela se démontre assez facilement
avec les analyses du style ou de la façon dont l’histoire est
conçue. Ce n’est pas nécessairement une position élitiste, car
même à l’intérieur de ce qu’on appelle « la paralittérature »
je suis capable de dire que Patricia Cornwell est un mauvais auteur
(bien que très célèbre), tandis que Chester Himes est un romancier
de qualité. Même à l’intérieur des sous-genres, il y a des choix
à faire. Bien entendu, il y a aussi le problème de la subjectivité
de ce jugement, subjectivité qu’il faut savoir assumer.
A.P.:
Vous affirmez – à la suite d’Aristote – que « L’homme est
un animal politique parce qu’il est un animal parlant. »
Peut-on conclure que la forme, elle aussi, est politique, qu’elle
exprime, indépendamment de son contenu, une attitude politique ?
Jean-Jacques
Lecercle: Oui, bien sur. L’idée que la forme peut avoir
une signification politique devrait logiquement se trouver dans
la pensée marxiste. Or, on la trouve très rarement parce que la
tradition marxiste, telle que l’incarnait Lukacs dans les années
trente, était hostile au formalisme. Lorsque Lukacs parle du roman
– avec une grande culture et une force de conviction tout à fait
étonnantes – il le fait en termes de contenu. Il ne parle jamais
du langage ni de la forme littéraire. Toutes les tendances modernistes
qui mettent en avant la question de la forme sont par lui condamnées
à ce titre.
Pour
ma part, je crois qu’il n’y a pas que le contenu du texte qui
soit inséré dans une conjoncture politique et qui constitue une
intervention politique. Ma vision est liée à une conception plus
générale du fonctionnement du langage, qui stipule que le langage
n’est pas séparé de la société (contrairement au principe d’immanence
avancé par les structuralistes). Il ne peut l’être que par un
processus de séparation à des fins des sciences positives.
Le
langage intervient dans la société non seulement par ce qu’il
dit, mais aussi par la façon dont il le dit. Dans la « version »
Deleuze – Guattari, cela apparaît dans l’affirmation que les marqueurs
grammaticaux sont des marqueurs de pouvoir : l’imposition
d’une règle grammaticale qui se fait au sein d’une institution
permet de séparer ceux qui parlent bien de ce qui ne parlent pas
bien.
Pour
revenir à votre question : je crois que tout le problème
est de savoir comment établir la relation entre les différentes
formes et les différentes conjonctures historiques. C’est très
difficile. C’est périlleux même. Dans la tradition marxiste, certains
ont essayé de faire ça. Par exemple Lucien Goldman qui, en « disciple »
de Lukacs, a fait passer l’analyse de type politique du contenu
à des formes. Lucien Goldman est un personnage complètement oublié
depuis dix ans, personnage qui a été victime en quelque sorte
de la vogue du structuralisme, mais qui mérite d’être relu, notamment
aujourd’hui, lorsqu’on peut se rendre compte plus clairement des
limites du structuralisme, à la fois en linguistique, en littérature
et en théorie littéraire.
A.P.:
Vous donnez, dans L’Emprise des signes, un exemple fort
intéressant de changement de signification d’un récit en fonction
du contexte historique et des visées idéologiques de l’auteur.
Il me semble pourtant que l’histoire de Sojourner Truth, esclave
Noire qui a vécu au milieu du XIXe siècle et qui est
devenue le symbole du féminisme, relève plutôt de la mystification ?
Jean-Jacques
Lecercle: Je ne crois pas que cela soit un cas de mystification.
La mystification implique une volonté de tromper, ce qui ne semble
pas être le cas avec l’exemple dont on parle.
Je
visais à montrer, à partir de cet exemple concret, que l’auteur
est toujours l’effet d’un cadre idéologique. L’auteur est une
fiction rétroactive. On lui fait porter la « réalité »
de ce qui a été dit, « réalité » qui est en fait construite
par l’idéologie dans laquelle le texte s’inscrit.
Pourquoi
est-ce que la personne qui a transcrit les mots de Sojourner Thruth
lui a fait dire « Ne suis-je pas une femme ? »
sous cette forme ? Elle voulait faire parler une femme Noire,
ancienne esclave et donc – bien que Sojourner Truth ait été native
de New York – elle lui a fait parler l’anglais des Noirs du Sud.
C’était plus vraisemblable. On est effectivement dans une fictionnalisation
de quelque chose qui n’a jamais été vrai. Elle lui a fait dire
cela aussi parce qu’elle était féministe. Le fait que Sojourner
Truth était une femme avait une grande importance pour l’auteur.
En revanche, il n’est pas certain que ce même fait ait été aussi
important pour Sojourner Truth elle-même.
Plutôt
qu’une mystification, l’histoire de Sojourner Truth est la retranscription
inévitable d’une origine mythique dans un cadre symbolique. La
critique ne s’exerce donc pas au début mais en fin de course,
lorsque le slogan est devenu un fétiche et passe pour une vérité
de dogme. Par l’analyse de cette histoire, je visais à montrer
une séparation constitutive entre une intention de dire et ce
que devient un texte.
A.P.:
Je souhaiterais terminer notre entretien avec une question que
j’ai déjà posée à Ronald Shusterman et à Jean-Marie Schaeffer :
existe-il des garde-fous interprétatifs ? Peut on s’entendre
sur un minimum de règles qui nous garantissent contre l’exagération
dans l’analyse des textes littéraires ?
Jean-Jacques
Lecercle: Je m’intéresse, depuis quelques années, à des
interprétations folles comme celle où un auteur américain interprète
Alice au pays des merveilles comme un produit direct de
l’homosexualité cachée de Lewis Carroll.
Face
à une telle analyse, on s’abstient d’avoir une attitude de condamnation
immédiate. On tente de réunir toutes les informations possibles
concernant le texte en question. Dans le cas concret, c’est plutôt
un penchant pour les petites filles qui pourrait caractériser
Carroll. Il y a une deuxième garantie : c’est de regarder
quelle technique d’interprétation l’auteur a employée. Dans le
cas concret dont je vous parle, l’auteur recourt à l’analyse des
anagrammes. Chacun sait qu’il s’agit d’une méthode très peu fiable,
grâce à laquelle on pourrait prouver assez facilement que Lewis
Carroll était un marxiste-léniniste caché.
Les
garde-fous sont donnés par l’ensemble de la culture dont on dispose
– plus elle est vaste, moins l’interprétation dérape –, et par
des techniques d’interprétation qui sont testables.
En
tout cas, je ne défends pas l’idée que tout est valable. Je ne
fais pas d’anarchisme interprétatif.