Appel à communication : colloque sur les poètes femmes (7,8,9 nov 2007)

APPEL A COMMUNICATION

Université Blaise Pascal
(Clermont-Ferrand II)
Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines (CRLMC)

Colloque international :

« Les voi(es)x de l’Autre dans l’écriture poétique : femmes poètes XIXe -XXIe siècles » (7, 8 et 9 novembre 2007)


Organisation : Patricia Godi-Tkatchouk, Bernadette Hidalgo-Bachs, Caroline Andriot-Saillant, avec la collaboration de Nadia Setti

Dans l’introduction du Deuxième sexe, Simone de Beauvoir définit la situation de la femme par rapport à l’homme en ces termes : « Il est le sujet, il est l’Absolu : elle est l’Autre ». La notion d’ « Autre » semble s’appliquer tout particulièrement à la position des femmes dans la tradition poétique. Le plus souvent « objet » du discours poétique, la femme est alors la muse inspiratrice, une création du discours masculin, idéalisée ou mythifiée. « Vérité, Beauté, Poésie, elle est Tout », écrit encore Simone de Beauvoir, « Tout excepté soi-même ». Elle est l’objet du discours, bien souvent enfermée dans les images codées de la Féminité, redoublant en cela le discours parfois réducteur de la psychanalyse. Pourtant, si l’on en croit Hélène Cixous, plus que tout autre écrivain, « le poète fait passer ... de la femme ». Freud, lui-même, referme la conférence intitulée « La féminité » par l’injonction à poursuivre la recherche sur ce qu’il désigne aussi comme une « énigme » à travers la lecture des poètes : « Si vous voulez en savoir plus sur la féminité, ... adressez-vous aux poètes. » Rimbaud fait de la poésie le domaine privilégié de l’avènement de la femme à elle-même, « Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle ... elle sera poète, elle aussi ! ». Et cependant, s’il est un domaine littéraire dans lequel, à travers les époques, les femmes sont relativement peu présentes, c’est bien la poésie. Au milieu du XIXe siècle, Elizabeth Barrett Browning, dont l’usage du sonnet pétrarquiste faisait un poète en vue sur la scène littéraire victorienne en Angleterre, s’écriait : « Où sont les poétesses ? ». Comme la question elle-même, l’apparition du terme « poétesse », devenu de nos jours plutôt obsolète, attire immédiatement l’attention sur le fait que les œuvres des femmes poètes ont été généralement moins lues, moins connues, reconnues. Aujourd’hui, la scène littéraire compte un nombre considérable de femmes poètes, et les anthologies de poésie comportent généralement un tiers d’auteurs femmes, mais il s’agit d’un phénomène récent. Quand on se tourne vers le passé, il n’en n’est pas de même. Des noms de femmes retentissent dans les mémoires, mais sauf à de rares exceptions, ils n’atteignent jamais à la résonance dont jouissent les noms des « grands » poètes. Ce sont rarement des noms de femmes poètes françaises, italiennes, espagnoles, allemandes, dont la célébrité atteindrait à celle de leurs homologues masculins ...
Nous nous proposons d’organiser un colloque, sans considération de pays, portant sur les poètes femmes des XIXe, XXe et XXIe siècles, qui permette à un large nombre d’entre elles de sortir de l’ombre dans laquelle elles ont souvent été plongées, par oubli ou par méconnaissance, et qui permette aussi à des chercheurs, poètes, amateurs de poésie de se réunir et de partager, de confronter, d’enrichir leurs lectures de la poésie des femmes.

Nous visons avant tout à étudier la poésie des femmes comme création artistique, et cependant, proposer un colloque consacré aux œuvres de poètes femmes n’est pas neutre. C’est une démarche ancrée dans la pensée contemporaine, qui prend en compte la dimension de la « différence sexuelle » (Luce Irigaray) et l’apparition du concept d’ « écriture féminine » dans le courant des années 1970, concept proposant l’avènement d’une « parole de femme » (Annie Leclerc), la « venue à l’écriture » (Hélène Cixous) par les femmes de « territoires » inexplorés de la féminité, l’exploration par l’écriture de la situation des femmes dans le monde, inséparable de leur expérience sensible du corps. Si le corps avait contribué à asservir les femmes, celles-ci s’en réappropriaient les forces libératrices et créatrices. A travers ce concept, et également à travers celui d’ « écriture-femme » (Béatrice Didier) apparu à la même époque, se dessinait un enjeu nouveau et majeur dans la critique, l’invitation à relire les œuvres des auteurs femmes avec un regard, des outils renouvelés. Notre démarche se nourrit également des travaux de la « gynocritique », courant de la critique littéraire qui s’est développé dans les années 1970 et 1980 aux Etats-Unis, notamment autour des travaux d’Elaine Showalter, et qui explore la notion de « différence » dans les œuvres des auteurs femmes plus directement dans sa dimension culturelle.
Au sein des différents courants de la critique féministe des divergences se font jour. Précisément, comment aborder, dans un colloque, les œuvres de femmes poètes exclusivement, sans courir le risque d’enfermer celles-ci dans un ghetto et de répercuter les schémas imposés par la société qualifiée parfois de « phallocentrique » ?
Ce colloque se propose d’interroger la création des poètes femmes avec l’ambition de s’inscrire dans le dialogue et l’échange des points de vue, avec le projet de faire retentir des « voi(es)x » plurielles.

Un certain nombre de pistes de réflexion se dégagent :

- L’écriture poétique peut-elle se lire comme le lieu de la représentation d’une situation spécifique des femmes dans le monde, la société, la culture ? Est-elle le lieu de la révélation et de l’exploration d’un vécu féminin abordé sur le mode de la souffrance ou de l’émerveillement ? Lieu de la « mise à nu » d’une « quotidienneté » vécue dans sa dimension d’aliénation ou d’ « inquiétante étrangeté » ? Une situation spécifique peut-elle susciter une écriture particulière du moi, du corps, du rapport à la vie, à la mort ?

- Comment est introduite la nature ? Y a-t-il fusion avec la nature, ou dissociation ? La nature est-elle un élément décoratif, ou fait-elle partie de la vie et du corps ?

- La présence du corps féminin dans le texte est-elle représentation d’un vécu spécifique du corporel ? Miroir du regard de l’homme, ou traversée de ce miroir ? « Venue à l’écriture » d’un « érotisme féminin », ou de l’expérience du corps maternel ? Dans ce dernier cas, l’écriture se fait-elle représentation ou exploration de zones inexplorées, voire taboues de l’expérience - le vécu du corps gravide, d’une fausse couche, d’un avortement, de l’allaitement, de l’enfantement ? Quelle(s) représentation(s) de la relation mère-enfant la poésie offre-t-elle, et de quel type de langage cette relation peut-elle être porteuse ?

- Les femmes poètes n’ont certes pas le monopole de l’écriture de l’enfance, ni de l’écriture de l’histoire familiale, mais que peut-on déceler de plus spécifiquement féminin quand le poète femme aborde ces domaines ? La poésie des femmes est-elle représentation de l’ « oedipe » freudien, du traditionnel conflit mère-fille, ou arrive-t-il qu’elle propose une alternative à ces notions ?

- Assiste-t-on à des phénomènes d’exploration imaginaire, formelle et langagière particuliers, ou extrêmes, liés à l’expérience culturelle ou biologique de la féminité - phénomènes d’exploration du conflit, de la souffrance, de la révolte, de la folie ? A travers quels types de langages poétiques ?

- Au cours du XXe siècle en particulier, siècle marqué par l’accès massif des femmes au savoir en Occident, quelles voies les énergies nouvelles libérées dans le sillage des mouvements des femmes ont-elles ouvertes dans l’écriture poétique ? Une situation particulière des femmes dans la culture a-t-elle pu donner naissance à un travail original, marginal ou extrême, sur la langue par laquelle la culture transite ? Dans un domaine le plus souvent fondé sur l’érudition et l’imitation savante jusqu’au XIXe siècle et parfois au-delà, l’écriture tend-elle à se démarquer des canons de la tradition ou, au contraire, repère-t-on des phénomènes d’intertextualité ? Quel traitement du vers et de la voix est adopté ? Comment le texte poétique est-il structuré ou déconstruit ? Et quels sont les enjeux des stratégies d’écriture mises en œuvres ?

- Lorsqu’une quête philosophique, spirituelle ou mystique, traverse le langage poétique, est-il possible d’y repérer la marque du féminin ? On pourrait s’interroger également sur la place du mythe dans les textes poétiques féminins et sur la manière dont sont exploitées les références mythologiques.

- Et quelle place occupent les représentations de l’Autre-homme dans la création au féminin, une fois que la femme passe de son traditionnel statut d’objet du discours poétique au statut de sujet écrivant ? La poésie des femmes entretient-elle avec la figure de l’homme, éventuellement figure de la tradition, de « l’autorité culturelle », un rapport d’idéalisation et d’amour, de diabolisation, d’exclusion - ou de fraternité ?

Les propositions de communications sont à envoyer avant le 15 janvier 2007 au plus tard aux responsables de l’organisation du colloque :
patricia.godi@wanadoo.fr
famille.hidalgo@wanadoo.fr
andriot.saillant@wanadoo.fr