Colloque "Cycle et collection", Paris13, 22-24 novembre

programme mis à jour le 11/11/2006

La démarche de ce colloque est résolument interdisciplinaire. Il s’agit de faire se croiser poétique et esthétique, se rencontrer antiquisants, médiévistes et modernistes, historiens de la littérature et historiens de l’art, tous ceux pour qui les notions de cycle et de collection s’imposent comme des enjeux majeurs. Celles-ci nécessitent pour être appréhendées dans toute leur ampleur que l’on se place au carrefour de plusieurs disciplines : la littérature et l’histoire de l’art, exemplairement, mais aussi la musique, ou le cinéma. Aucun ouvrage ni colloque n’a encore essayé d’envisager ces notions dans toute la richesse et la diversité de leurs domaines d’emploi. Telle est l’ambition de la présente manifestation, organisée dans le cadre des activités du CENEL à l’Université Paris 13, les 22, 23 et 24 novembre 2006.

Le mot cycle, hérité de la tradition aristotélicienne, sert à désigner, dans son emploi moderne, des « œuvres composées » (Gérard Genette), des « œuvres-mondes » (Tiphaine Samoyault), des œuvres « chronophages » (Christophe Pradeau) qui, par leur longueur, par leur visée encyclopédique, leur ambition totalisante, leur mode d’intégration de la partie au tout, l’usage qu’elles font de la technique du retour des personnages, échappent à la prise, à ce confort mémoriel dont Aristote fait une condition de la relation esthétique. Le mot cycle, pris en mauvaise part chez Horace ou Hegel, se trouve ainsi valorisé d’incarner une nouvelle idée de la composition, une nouvelle idée de la mise en intrigue, de la mise en forme du passage du temps.
Au moment où le terme s’impose pour désigner la Comédie humaine et les entreprises qu’elle inspire - des Rougon-Macquart aux Hommes de bonne volonté en passant par À la recherche du temps perdu ou Les Thibault - il est utilisé par les philologues pour qualifier les entreprises épiques ou romanesques que mettent au jour médiévistes et orientalistes. Des filiations s’inventent qui font descendre le roman de l’épopée, qui donnent à lire la Comédie humaine au débouché d’une vaste perspective temporelle qui tient ensemble, au prix d’anamorphoses, le fantôme du Cycle épique grec et le Ramayana, le Cycle de Guillaume d’Orange et le Lancelot-Graal.
Balzac, Zola ou Proust comparent volontiers leur entreprise à des fresques, à des polyptyques, qui veulent, pour être appréciés, un recul qui n’est pas celui que demande le roman de chevalet. Il se trouve que les historiens de l’art ont pris l’habitude de qualifier de cycles ces œuvres auxquelles en appellent les auteurs de cycles romanesques. L’histoire de l’art et l’esthétique ont développé autour de ce mot cycle toute une réflexion sur le déplacement des œuvres, sur les enjeux de l’in situ, réflexion qui va de Quatremère de Quincy à Chastel, en passant par Burckhardt, Warburg ou Panofsky. Contre le démembrement, la déposition, la muséification, la réduction des panneaux de polyptyques à des tableaux, le mot cycle en appelle à une prise en considération de la composition spécifique, de l’effet esthétique propre à des œuvres que l’on ne peut saisir d’un seul regard (eusunopton), d’œuvres qui enveloppent le spectacteur en se déployant, comme l’écrit Vasari, « intorno a una camera ». Désormais toute réflexion sur la peinture ou la sculpture narrative convoque la notion de cycle : qu’il s’agisse d’étudier la colonne Trajane, des mosaïques byzantines, des chapiteaux romans ou un ensemble de fresques du Quattrocento.
L’idée de cycle s’invente dans une proximité critique avec l’idée de collection : c’est une collection qui accède à l’unité organique de l’œuvre d’art. La Comédie humaine, c’est une collection, c’est l’œuvre complet de Balzac mais c’est aussi tout autre chose, un mode d’intégration inédit qui transcende la pulsion de complétude du collectionneur. Historiquement, tous les domaines d’emploi du mot cycle ont partie liée avec l’idée de collection : que ce soit le « manuscrit cyclique » qui rassemble pour le collectionneur, royal ou princier, des œuvres séparées qu’il unifie dans le même geste, mais aussi le cycle de fresques, le polyptyque que le collectionneur aura la tentation de démembrer, défaisant ainsi le lien qui faisait tenir ensemble ces panneaux que le peintre avait solidarisés, au nom d’une esthétique de la liaison dont le collectionneur participe aussi mais autrement.
Les lecteurs du XXe siècle ont le plus souvent appris à lire dans l’une ou l’autre de ces « œuvres composées », cycles ou séries, souvent identifiées à une collection (on parle indifféremment des Jules Verne et des « Hetzel »), qui constituent une part considérable des lectures enfantines. D’une manière générale, il apparaît, comme l’ont montré les travaux d’Anne Besson, que le cycle romanesque est une forme majeure, pour ne pas dire, la forme majeure de la littérature de grande diffusion : qu’il s’agisse du monde de la bande dessinée, des romans policiers, de la science fiction ou de la fantasy (Tolkien est à ce titre paradigmatique). L’une des ambitions du présent colloque sera de faire se rencontrer littérature canonique et littérature de grande diffusion, afin de cerner au mieux, dans toutes leurs manifestations, à travers tout le spectre de leurs enjeux, les idées de cycle et de collection, saisies dans leurs rapports réciproques.

Christophe Pradeau - Vincent Ferré (CENEL, Paris 13) - Anne Besson (Arras)

http://www.univ-paris13.fr/cenel/CE...

Programme (mis à jour le 11/11/2006)

Mercredi 22 novembre

9h30 accueil et ouverture du colloque

Séance 1 : Approches théoriques
Présidence : Anne Larue (Paris 13, cenel)

10h Isabelle Daunais (Université McGill, Montréal), « Le temps en boucle. »
10h30 Christophe Pradeau (Université Paris 13-Cenel), « Les liaisons du monde. »

11h Pause

11h30 Richard Saint Gelais (Université Laval, Québec), « Une détective dans la bibliothèque. Du phagocycle chez Jasper Fforde. »
12h Vincent Ferré (Université Paris 13-Cenel), « Le cycle du savoir : modèle encyclopédique et théorie chez Proust et Broch. »

12h45 : déjeuner

Séance 2 : Pratiques et représentations médiévales du cycle
Présidence : Vincent Ferré (Paris 13, cenel)

14h30 Sébastien Douchet (Université de Provence, Aix-Marseille), « Les Continuations du Conte du Graal : une écriture cyclique ? »
15h Mireille Séguy (Université Paris 8), « L’Estoire del saint Graal ou la fabrique du cycle romanesque médiéval. »

15h30 Pause

16h Irène Fabry (doctorante, Université Paris 3), « “ Por ce que la branche i est, et ele i apartient” : programme d’enluminures et constitution cyclique dans l’Estoire du Saint Graal, Merlin et sa Suite Vulgate. »
16h30 Nathalie Koble (ENS Ulm) : « Des cycles en série ? Effet de cycle et "revenance" dans les derniers romans arthuriens en prose du XIIIe siècle »

Fin de la journée vers 17h .

20 h : Dîner du colloque.

Jeudi 23 novembre :

Séance 1 : Cycles romanesques et romans-feuilletons
Présidence : Christophe Pradeau (Paris 13, cenel)

10h Christèle Couleau (IUT de Villetaneuse-Cenel), « La Comédie humaine, une arborescence romanesque. »
10h30 Chantal Pierre-Gnassounou (Université Paris 3), « Zola et la mémoire du cycle. »

11h Pause

11h30 Matthieu Letourneux (Université Paris 10, Nanterre), « Aventures interminables d’un gamin de Paris autour du monde... Roman d’aventures et cycle chez Louis Boussenard. »
12h Marie-Eve Thérenty (Université Paul Valéry, Montpellier 3), « L’atelier du cycle au XIXe siècle : l’œuvre-monde entre contrainte éditoriale, influence médiatique et poétique auctoriale. »

12h45 : déjeuner

Séance 2 : Recueillir et collectionner
Présidence : Pierre Zoberman (Paris 13, cenel)

14h30 Irène Langlet (Université Rennes 2), « La collection éditoriale dans l’expérience de lecture. »
15h Isabelle Gadoin (Université Paris 3), « Les collections orientalistes dans l’Angleterre du XIXe siècle : de l’objet trouvé au panorama muséal. »

15h30 Pause

16h Michèle Gally (ENS LSH, Lyon), « Le cycle des réponses : La Belle Dame sans mercy »
16h30 Marc Kober (Université Paris 13-Cenel), « Cycle et collection dans les recueils de poètes-voyageurs du Japon ancien. »

Fin de la journée vers 17h 15.

Vendredi 24 novembre

Séance 1 : Cycles et séries
Présidence : Tiphaine Samoyault (Paris 8)

9h30 Jacques Dubois (professeur émérite, Université de Liège), « Simenon récidiviste ou l’écriture compulsive. »
10h Alexandre Gefen (Université Bordeaux 3), « Trains de vies : cycle et collections biographiques dans la littérature française des années 30. »
10h30 Lionel Ruffel (revue Chaoïd), « L’invention d’un corpus. Sur La Littérature nazie en Amérique de Roberto Bolaño et Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze d’Antoine Volodine. »

11h Pause

11h30 Véronique Montemont (Université Nancy 2), « Le démon de la collection. »
12h Véronique Bonnet (Université Paris 13-Cenel) : « Le cycle oriental de Jacques Ferrandez : histoires, personnages, miroir de soi »

12h45 : déjeuner

Séance 2 : Transmédiations
Présidence : Xavier Garnier (Paris 13, cenel)

14h30 Christophe Triau (Université Paris 7), « La question du cycle posée au théâtre. »
15h Jean Cléder (Université Rennes 2), « Les cycles et les séries dans le cinéma d’Éric Rohmer : méthode d’écriture ou technique de diversion ? »

15h30 Pause

16h Timothée Picard (Université Rennes 2), « “L’or du rien” : ambiguïtés du désir de cyclicité dans le domaine musico-littéraire. »
16h30 Maïté Snauwaert (Université McGill, Montréal), « Sophie Calle, collectionneuse contemporaine : totalité, brièveté, mémoire. »
17 h Anne Larue (Université Paris 13-Cenel), « La mélancolie conceptuelle. »

Clôture du colloque vers 17h45.