Appel à contribution pour le 31/10 : "L’enseignement des littératures étrangères et la traduction - pourquoi et comment enseigner les littératures asiatiques ?"

CERLOM (Institut national des langues et civilisations orientales)

&

CERC (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

Appel à contribution au colloque :

"L’enseignement des littératures étrangères et la traduction - pourquoi et comment enseigner les littératures asiatiques ?"

Plusieurs spécialistes de littérature se sont penchés, pour ne prendre en compte que ces dernières années, sur la question de l’enseignement de leur discipline (Antoine Compagnon dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 2006, intitulée « La littérature, pour quoi faire ? », Yves Citton, Franc Schuerewegen et bien d’autres). Si l’intérêt pour le sujet n’est pas nouveau, il semble aujourd’hui particulièrement lié à une préoccupation largement partagée devant l’indifférence des jeunes générations envers la littérature, voire les livres de manière générale, au bénéfice des images, celles-ci troquant ainsi un plaisir réel mais exigeant un certain effort dans le temps contre la facilité et une satisfaction plus immédiate.

Les questions qui interviennent le plus fréquemment dans le débat sont les suivantes :

Comment mettre en valeur tous les bénéfices qu’on peut tirer de l’étude de la littérature ? Faut-il se cantonner aux classiques ? Ou peut-on introduire des textes plus récents qui répondent mieux à la sensibilité du public ? Doit-on aborder la littérature par la lecture et/ou par l’histoire de la littérature ?

En appliquant ces interrogations à l’enseignement des littératures étrangères, nous souhaiterions élargir le champ du débat au-delà d’une littérature nationale et des réflexions d’ordre philosophique, ou du moins lui donner une nouvelle dimension qui ne peut qu’enrichir sa teneur. Comment introduire une œuvre venue d’ailleurs dans un cours de littérature qui se propose de dépasser la sphère d’une seule nation (comme cela se fait notamment en Littérature générale et comparée) ? Mais surtout, inversement, comment intégrer les études littéraires dans une spécialité aréale ? Autrement dit, comment enseigner la littérature vietnamienne, par exemple, à un étudiant qui veut se constituer un bagage intellectuel général de cette « langue-culture » ? Comment le convaincre de son utilité ? Et de quelle manière aborder le vaste corpus que représente la littérature en question ?

Dès lors se font jour bien d’autres interrogations, venant s’ajouter à celles évoquées plus haut – et ce surtout quand il s’agit d’une littérature peu connue en dehors de son pays d’origine –, comme par exemple le rapport à l’enseignement de la langue ou encore le recours aux autres formes d’expression artistique (cinéma, bande dessinée, etc.) pour remédier au manque de compétences linguistiques des apprenants.

Dans le cadre du présent colloque, nous proposons de centrer les réflexions sur l’enseignement des littératures étrangères (classiques et modernes) et la traduction et aussi de limiter nos champs d’exploration aux aires culturelles asiatiques (au sens le plus communément admis) qui présentent a priori un écart plus grand par rapport à l’aire européenne que les autres aires culturelles. La traduction, en effet, est étroitement liée à l’activité de lecture – « lecture-écriture », insiste Henri Meschonnic. L’analyse du discours qu’elle exige constitue une opération par excellence pour entrer dans le texte, pour le comprendre autrement que par l’intrigue ou encore par une approche classique opposant le texte et le contexte. La traduction comme un médium, comme une passerelle donc, mais incontournable et à double sens car, réelle ou virtuelle, sa présence est constante et son rôle fondamental dans la vie d’une œuvre.

Nous proposons plusieurs axes de réflexion qui n’ont bien sûr pas de caractère exclusif :

- La place de la traduction dans l’enseignement d’une littérature asiatique : dans quelle mesure est-il possible d’introduire les textes dans leur langue d’origine ? Quelle est la place de la traduction (acte de traduire) ? Et aussi celle des traductions (qui existent, mais ne sont pas toutes de qualité égale) et notamment des adaptations en langue moderne dans le cas des œuvres classiques ? Que nous apprennent-elles sur la littérature en question ?

- La traduction, la réception et l’interaction : étudier quels textes sont privilégiés – par quel processus et pour quelles raisons – pour être diffusés en dehors de leur pays d’origine nous renseigne sur la conception de la littérature qui règne dans le pays en question et sur celle du pays qui réceptionne les traductions (statut des œuvres, notion d’auteur, conception des genres, etc.). Cette interaction n’étant pas sans effets sur l’évolution des littératures nationales.

- Les littératures asiatiques et les autres formes de création : dans quelle mesure les adaptations cinématographiques, les jeux vidéo, les créations sur internet, etc. peuvent constituer des modes d’accès aux littératures étrangères ? Quels rapports entretiennent-ils avec les classiques et quel rôle jouent-ils dans leur transmission ?

- La visée de l’enseignement des littératures asiatiques : est-elle la même que pour la littérature française enseignée aux Français, soit avant tout comme un « art de langage » ? La lecture des œuvres étrangères en classe n’est-elle pas au contraire trop souvent et d’une manière parfois réductrice une lecture sociologique visant à mieux faire comprendre la société et l’histoire de l’aire culturelle en question ? La visée diffère-t-elle dans le cas des littératures classiques et des littératures modernes ?

Le colloque aura lieu les 4 et 5 juin 2015 à Paris. Les propositions de communication (de 1000 à 2000 signes) sont à faire parvenir au plus tard le 31 octobre 2014 aux deux adresses suivantes :

RESPONSABLES :

Mme Muriel DÉTRIE

Maître de conférences, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Centre d’études et de recherches comparatistes (CERC)

muriel.detrie@univ-paris3.fr

Mme JEONG Eun-Jin

Maître de conférences, Institut national des langues et civilisations orientales, Centre d’étude et de recherche sur les littératures et les oralités (CERLOM)

eun-jin.jeong@inalco.fr