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AndreÔ
Platonov et le rÈalisme socialiste
par CÈline Bricaire
UniversitÈ de Provence
La destruction Ètend une aile noire sur toute l'oeuvre d'AndreÔ
Platonov. Le thËme est omniprÈsent dans les accessoires de son
fantastique: l'Èdification de la grande maison du prolÈtariat,
dans la Fouille est un vaste trou dont les dimensions ne
cessent de s'agrandir. Nastja, l'enfant du socialisme, meurt sans
avoir jamais pu prononcer une parole humaine. Dans les Quatorze
isbas rouges, des mËres dÈlirent en berÁant leur enfant mort,
on mange de la soupe d'os humains, on se fabrique des cercueils
douillets pour s'y rÈfugier. Comme on le voit, les images macabres
ne manquent pas. Elles sont soutenues par une sÈmantique de l'usure
(sons, couleurs, ralentissements temporels), du dÈlabrement physique
et psychique. La dÈvastation du monde, dans cette Èpuisante quÍte
de l'utopie que sont nombre de rÈcits de Platonov, s'achËve sur
la folie, la perte de l'identitÈ, et parfois la mise en piËces
littÈrale de certains personnages, comme le hÈros de Un Vent
d'immondices et ceux de Moscou heureuse.
Pourtant, trois objections se prÈsentent immÈdiatement ‡ l'esprit:
-
les
hÈros de Platonov poursuivent des buts positifs: c'est en
tout cas ce que leur discours donne ‡ croire;
-
Platonov
s'est visiblement efforcÈ de rÈpondre aux exigences du RÈalisme
socialiste;
-
la
forme du rÈcit - une quÍte - et le type des personnages -
hÈros du conte ou du mythe, preux de l'ÈpopÈe - laissent attendre
un itinÈraire initiatique, une maniËre de Bildungsroman.
Ces
trois points appellent un examen dÈtaillÈ. Ce sera l'occasion
de rappeler les enjeux du travail de Platonov. Nous articulerons
ensuite notre propos autour du destin exemplaire des personnages
deMoscou heureuse, un texte encore peu ÈtudiÈ. Roman inachevÈ,
Ècrit entre 1933 et 1936, Moscou heureuse est demeurÈ inÈdit
en Union SoviÈtique jusqu'‡ sa parution dans Novyj Mir
en 1991 (n∞9) et n'a ÈtÈ traduit en franÁais qu'en 1996
(1).
Platonov
et le RÈalisme socialiste?
Les hÈros fÈbriles de Platonov semblent poursuivre des buts positifs,
d'ordre intellectuel et moral: d'une part, ils rÍvent d'accÈder
‡ une pensÈe claire qui donnerait ‡ l'existence un sens global
et dÈfinitif, d'autre part ils rÈclament un bonheur collectif,
universel et Èternel. On reconnaÓt bien s˚r les traits d'une pensÈe
utopiste que les circonstances politiques ont rÈactivÈe.
Celle-ci trouve en effet ‡ se concrÈtiser dans l'entreprise bolchevique
qui appelle l'homme ‡ se ´purifierª de son passÈ, ‡ Ítre son propre
crÈateur par l'anÈantissement de ce qui a existÈ (table rase).
Le pathos rÈvolutionnaire exploite un fantasme ancien et profond
avec d'autant plus d'efficacitÈ qu'il rÈcupËre le mythe de l'‚ge
d'or en le projetant non plus dans le passÈ mais dans un avenir
‡ portÈe de la main.
Il est vrai que l'idÈe utopique contient en elle la destruction
par ´ entropie ª pourrait-on dire, en exigeant le rËgne de l'homogËne
et de l'immobile : une certaine pensÈe utopique envisage en effet
l'harmonie comme l'abolition des diffÈrences et des antagonismes
; elle vise l'homogÈnÈitÈ, l'unification, en un mot la sobornost'
(conciliaritÈ)- principe auquel est attribuÈe une vertu magique
de totale rÈconciliation. NÈanmoins, l'utopie n'a pas toujours
dÈbouchÈ sur une littÈrature de ´ b‚tisseurs de ruines
(2)ª non plus que la contre-utopie ou l'anti-utopie.
Enfin, la critique du rÈgime et de la sociÈtÈ soviÈtiques n'a
pas ÈtÈ de toute ÈternitÈ le propos de Platonov, lui-mÍme d'abord
fervent utopiste comme le montrent sa formation, ses intÈrÍts
et ses activitÈs (3). Il convient
donc d'examiner de plus prËs la place ‡ laquelle peut prÈtendre
l'utopie dans les circonstances des annÈes 1920-1940 soviÈtiques.
Au premier regard, il semble que l'utopie soit une forme qui va
‡ l'encontre d'un rÈgime autoritaire, parce qu'en proposant un
nouveau modËle de sociÈtÈ, elle fait au moins implicitement la
critique du prÈsent. Qu'on songe ‡ l'utopie du pays des chevaux
de Jonathan Swift ou au chapitre utopique de l'Histoire d'une
ville de Saltykov-Scedrin, l'utopie sert en fait un dessein
satirique, sinon pamphlÈtaire. C'est ce que fait justement remarquer
R.H. Canary dans l'article ´Utopian and fantastic realitiesª:
´Tandis que dans les anti-utopies, la critique de la sociÈtÈ prend
la forme d'une exagÈration explicite des courants prÈsents, dans
les utopies, la critique a lieu le plus souvent par la prÈsentation
implicite d'une meilleure alternative. Le contraste avec le prÈsent
est sa raison d'Ítre, et on peut soutenir que la valeur littÈraire
de la fiction utopique dÈpend largement de son potentiel satirique.ª.
Platonov ne se charge pas de proposer un programme utopique. Il
ne prÈconise rien, et ne fait que renvoyer inlassablement au pur
fantasme qui anime ses hÈros. Par l‡, il laisse quand mÍme entendre
que la version soviÈtique de l'utopie n'est pas suffisante aux
yeux de ses personnages.
Mais surtout, c'est l'impuissance totale, la frustration et l'angoisse
qui ressortent des dÈgurgitations verbales de ses personnages.
Recourant aux slogans et aux clichÈs du discours officiel pour
exprimer leurs attentes, ils dÈnoncent d'une faÁon d'autant plus
cruelle qu'elle est involontaire - sinon mÍme inconsciente - le
leurre dont ils sont les victimes et les prisonniers: le rÍve
a des formules, mais jamais de contenu.
Pourtant, si l'utopie littÈraire peut tout d'abord sembler fatalement
superflue dans un monde o˘ elle a ÈtÈ - de force et seulement
verbalement, il est vrai -, instaurÈe, elle est tout de mÍme un
ressort obligÈ des prÈtentions soviÈtiques : le genre utopique,
thÈoriquement, rÈpond aux besoins culturels des masses, qui doivent
Ítre stimulÈes dans leur effort et placÈes dans une perspective
dynamique. Et ceci d'autant mieux que l'utopie rÈpond aux exigences
du marxisme-lÈninisme, dans le sens o˘ elle tolËre les prÈmisses
du matÈrialisme historique : une foi inconditionnelle dans le
mouvement de l'histoire de l'humanitÈ et dans un ProgrËs que rien
ne peut arrÍter car il est dÈfini par des lois objectives (indÈpendantes
de la volontÈ de l'homme). Enfin, les convictions qui fondent
la tradition de l'utopie classique rÈpondent aux exigences du
rÈalisme socialiste : ´ L'art ne peut Ítre qu'Èdifiant, rÈaliste
(on ne peut Èduquer les hommes sur des exemples abstraits), il
ne doit parler que du Beau (pour ne pas tenter les faibles). ª
; car le postulat de dÈpart est le mÍme de part et d'autre: l'art
sert ‡ former l'homme, il n'a pas de valeur intrinsËque.
Encore faut-il prÈciser que l'utopie a son histoire, mÍme si en
tant que genre, elle a formellement peu changÈ. Et si effectivement
elle poursuit de tout temps l'harmonie, c'est justement l'assimilation
progressive de la notion de bonheur ‡ celle d'harmonie qui la
rend si problÈmatique. L'utopie, selon Platon ou Aristote, vise
‡ l'Ètablissement d'une sociÈtÈ harmonieuse, pas au bonheur de
l'humanitÈ. La notion de bonheur n'apparaÓt, dans l'harmonie rÍvÈe,
qu'au XVIIIËme siËcle, illustrÈe par la Constitution des Etats
Unis, qui proclame en 1787 le ´droit ‡ la poursuite du bonheurª.
Or c'est aussi l'Èpoque du triomphe de l'individu (l'homme est
fondamentalement bon; la sociÈtÈ, la civilisation l'ont perverti).
DËs lors se heurtent, ‡ l'intÈrieur de l'utopie, la quÍte d'une
sociÈtÈ heureuse et cohÈrente, et un bonheur conÁu comme le fait
de l'individu.
Quand apparaÓt la doctrine marxiste, et alors que la thÈorie de
la dialectique historique l'empÍche apparemment de se donner pour
utopie, Engels a l'intelligence de souligner la difficultÈ de
la mission des communistes. Eux doivent inventer une sociÈtÈ sur
des bases rationnelles, alors que le capitalisme avait confortablement
pris pour appui les plus bas instincts de l'humanitÈ. La doctrine
marxiste se place ainsi dans une dialectique raison/sensibilitÈ.
C'est ce qu'illustre, littÈrairement, l'heureuse coÔncidence de
la rationalitÈ des vestes de cuir et de l'ÈlÈmentaritÈ des paysans,
sous la plume des Ècrivains soviÈtiques de la premiËre gÈnÈration.
Bref, l'utopie communiste semble revenir vers des conceptions
antiques, elle est dominÈe par le principe d'Harmonie. Et pour
rÈsoudre les divergences d'intÈrÍts qui opposent Harmonie et Bonheur
‡ l'intÈrieur de l'utopie, il ne reste qu'‡ rÈinventer la nature
de l'homme : ce sera l'homme nouveau, le citoyen soviÈtique et,
en littÈrature, le hÈros positif. Pour faire un citoyen de l'Harmonie,
Platonov va chercher ‡ modÈliser ses hÈros autour d'une vertu,
en les dotant de pulsions sociales comme l'amour ou la fraternitÈ.
Le RÈalisme socialiste instaure donc le rËgne de l'ambiguÔtÈ,
car sa t‚che consiste, au moment qui nous intÈresse, ‡ montrer
l'utopie ‡ la fois au prÈsent, puisque le monde soviÈtique la
rÈalise, mais aussi au futur, puisqu'elle se doit d'inciter le
peuple ‡ un effort constant au nom de l'avenir. En somme, l'utopie
comme oeuvre littÈraire n'est tolÈrable que dans la mesure o˘
elle sert ‡ ´fortifier l'idÈal communiste et montrer que la rÈalisation
de cet idÈal est possible, puisque dÈj‡ rÈalisÈ dans l'utopieª:
mais est-elle alors encore une utopie?
Les lecteurs de Platonov ont unanimement senti l'intention satirique
de ses Ècrits, et la critique contemporaine n'a d'ailleurs pas
manquÈ de s'en indigner. D'autre part, la parole homogËne caractÈristique
de l'Ècriture de Platonov vÈhicule le doute et traduit l'angoisse.
Or le RÈalisme socialiste ne souffre pas l'absence d'un point
de vue ´vivifiantª et sentencieux - ‡ dÈfaut d'Ítre clair -, si
bien que Platonov est un auteur inacceptable, mÍme si, pour reprendre
l'expression d'Evgenij Zamjatin , ´ ...s'occuper de questions
qui ont dÈj‡ reÁu rÈponse est le privilËge des cerveaux formÈs
selon le principe des viscËres de vache qui sont faites, comme
chacun sait, pour digÈrer une p‚ture ruminÈe (4)ª.
Le doute systÈmatique n'est pas le seul ´dÈfautª de l'Ècrivain;
son oeuvre Èclaire la vÈritable nature des exigences du rÈgime.
Le nouveau pouvoir invite l'individu ‡ se dÈfinir en termes d'engagement,
dans un discours volontairement simplificateur qui fait mine d'appeler
au choix politique : le destin du hÈros platonovien montre qu'il
est en fait question d'une nouvelle foi, dans laquelle l'Avenir
transcendant doit remplacer Dieu. C'est pourquoi son quotidien
est littÈralement invivable : d'o˘ des errances sans fin, tant
au sens propre (avec la traversÈe du dÈsert par le peuple D?an),
qu'au sens figurÈ (Ëre du doute intÈrieur). La crise est d'autant
plus aiguÎ que le bolchevisme impose sa ´ perspective dynamique
ª au personnage, qui cherche ‡ tout prix ‡ devenir un ´personnage
positifª et se fait violence afin de s'amÈliorer et mÍme, de simplement
racheter la faute que constitue son doute par un travail acharnÈ
pour la communautÈ. Le choix d'une nouvelle transcendance n'est
pas critiquÈ, mais les hÈros, parce qu'ils se montrent incapables
de renouveler ‡ chaque instant leur profession de foi, en dÈvoilent
le principe. L'Avenir apparaÓt alors pour ce qu'il est: il n'existe
pas en soi (la ´ fouille ª n'a pas de terme, l'achËvement des
travaux est toujours repoussÈ), c'est une catÈgorie commode pour
donner sens ‡ la pure aspiration. De sorte que Platonov, par l'entremise
du rÈcit littÈraire, ouvre le dÈbat politique d'une part, et dissËque
en mÍme temps la notion d'´utopieª, en dÈcomposant sous nos yeux
les contradictoires mouvements internes qui la constituent, ceux
qu'y discerne et qu'expose en termes abstraits le philosophe allemand
Ernst Bloch dans Le Principe espÈrance: l'utopie n'est
pas uniquement un projet dÈrÈaliste - une rÍverie autiste visant
un but irrÈalisable -, elle est aussi principe d'espoir et ferment
d'action. Ce sont l‡ des principes contradictoires, mais loin
de s'exclure l'un l'autre, ils forment une totalitÈ dialectique
unique, sinon homogËne, qui associe un concept sub-rÈaliste de
l'utopie ‡ son concept sur-rÈaliste.
Platonov s'est efforcÈ de respecter les exigences littÈraires
de son temps, et s'il a dÈnoncÈ le ´ rÍve ª soviÈtique, il n'avait
pas l'intention de faire partie d'une littÈrature dissidente,
fait que certains travaux universitaires actuels, en dÈpit de
leur excellence, ont tendance ‡ oublier de mentionner. C'est pourquoi
la question se pose en toute lÈgitimitÈ de saisir ce qui a condamnÈ
son oeuvre au tiroir. En effet, dËs la fin de l'annÈe 1929, la
publication de Makar pris de doute dÈclenche la premiËre vague
d'attaques contre Platonov, orchestrÈe par Averbach. C'est le
dÈbut des accusations politiques. Rappelons aussi qu'au premier
congrËs des Ècrivains, en 1934, est clairement dÈnoncÈ le danger
du maska jurodstva (le masque de l'illuminÈ) derriËre lequel se
dissimule l'ennemi. Enfin, prÈcisons que la rÈhabilitation de
Platonov aprËs la liquidation du R.A.P.P. n'eut pas d'effet sur
ses relations avec les Èditeurs: aprËs A l'avance, dont
la publication en mars 1931 dans Krasnaja Nov' dÈchaÓne
la deuxiËme vague d'attaques, Platonov n'est plus publiÈ durant
cinq ans, mis ‡ part deux rÈcits en 1934.
AprËs les attaques de 1931, La Mer de jouvence, oeuvre
Ècrite en 1935, semble une tentative de normalisation: quelques
hÈros ´positifsª, le combat du bon et du mÈchant, et autres clichÈs
empruntÈs tant bien que mal ‡ la panoplie du RÈalisme socialiste...
vaine tentative, qui semble une parodie (La Mer de jouvence
restera inÈdit en Russie jusqu'en 1988) et qui pourtant inspire
‡ J. Brodsky cette remarque:
´En
lisant cette oeuvre, on se dit [...] que Platonov s'est efforcÈ
de faÁon absolument consciente de satisfaire toutes les exigences
du rÈalisme socialiste connues de lui et que, bien plus, il
a totalement rÈussi dans cette entreprise. (5)ª
Le respect des critËres du RÈalisme socialiste ?
Dans une lettre, Platonov lui-mÍme dÈclare avoir voulu ´se
briser l'Èchineª, et M. Heller note qu'il ´cherchait une
possibilitÈ d'Ècrire ce qu'il fallait, mais comme il en avait
envie (6).ª DËs lors, Platonov
chercha effectivement ‡ Èviter une ´ÈlÈmentaritȪ ou un pathos
rÈvolutionnaire devenus indÈsirables. Mais ses efforts de ´normalisation
ª ne soignaient que les plaies superficielles de son oeuvre. Car
si le volontarisme platonovien, qui s'exprime dans une sorte de
prose par la finalitÈ, semble de prime abord faire Ècho au volontarisme
marxiste, on s'aperÁoit bientÙt que les buts n'en sont nullement
les mÍmes : le hÈros de Platonov se caractÈrise d'abord par son
refus du monde tel qu'il est, tandis que le marxisme-lÈninisme
pose comme fin en soi l'organisation d'un monde qui n'est pas
remis en cause. Et l'accomplissement dans le travail prÙnÈ par
le marxisme-lÈninisme devient chez Platonov une solution de survie,
dans l'attente - dÈsespÈrÈe - d'une intÈgration instantanÈe au
cosmos. Le travail n'est en somme qu'un remËde ‡ l'insupportable
inconfort spirituel qui est le lot de ses personnages. Le but
ultime que ceux-ci visent n'a d'ailleurs plus grand chose ‡ voir
avec la forme que prÈtend donner au rÍve l'utopie soviÈtique.
Ce but serait de rÈsoudre immÈdiatement et totalement le problËme
fondamental de l'unitÈ de l'Ítre et de l'univers - et par-l‡ mÍme,
celui de la connaissance: l'homme de Platonov, ÈcrasÈ par la conscience
de ne connaÓtre rien que des fragments du monde, souffre de ne
pouvoir se sentir la partie d'un tout ; et au lieu de chercher
‡ embrasser ce tout, ainsi que s'y est efforcÈe l'humanitÈ jusqu'‡
prÈsent, il prÈtend devenir ce tout, s'inscrire en lui d'une faÁon
totale, animale, sinon vÈgÈtale. C'est d'ailleurs pour cela qu'une
action seulement ponctuelle, sporadique, ne suffit pas: il faut
y aller de sa vie entiËre, d'o˘ des personnages d'errants, ou
qui, comme Sartorius dans Moscou heureuse, renoncent ‡
leur nom, c'est-‡-dire ‡ une identitÈ/individualitÈ limitante.
De la mÍme maniËre, l'anthropocentrisme marxiste est remplacÈ
dans le monde platonovien par une vocation universaliste qui prÈtend
instituer l'ÈgalitÈ ontologique de toute chose : alors que le
marxisme place l'homme au centre de l'univers, le hÈros platonovien
revendique l'Èquivalence parfaite de tous les ÈlÈments du monde,
animÈs ou inanimÈs.
Evoquons enfin une incompatibilitÈ apparemment formelle, mais
qui renvoie ‡ des prises de position beaucoup plus fondamentales:
loin d'imposer, de sa position de juge infaillible et omniscient,
un point de vue vivifiant - autrement dit, la transparence des
motifs et des actes de ses personnages -, Platonov montre une
langue inÈdite, ‡ la signification souvent obscure et fuyante,
des actes irrationnels, des conduites plus ou moins adaptÈes aux
situations (comme les Ètranges collections d'objets de Voscev
dans Kotlovan), des rÍves (par exemple, celui de Lichtenberg
mangeant le rat qui le ronge dans Un Vent d'immondices)
ou des crises de dÈlire (celles de Dvanov dans Tchevengour)
- en somme, le hÈros du rÈcit de Platonov a gardÈ une part du
´mystËre des mystËresª qui n'a plus sa place dans le monde littÈraire
soviÈtique, et l'auteur semble admettre l'existence d'un inconscient
irrÈductible.
Bref, le programme du hÈros platonovien, l'intÈgration instantanÈe
au cosmos, va ‡ l'encontre de l'anthropocentrisme marxiste ; mais
surtout, c'est un projet qui, on le sent bien, dÈpasse largement,
par l'envergure de ses prÈtentions, le monde utopique que pose
en but la doctrine soviÈtique, puisqu'en exigeant la plÈnitude
dans l'instant, il constitue le projet utopique par excellence.
Ces conceptions inadaptÈes aux exigences de l'Ëre soviÈtique sont
la partie immergÈe de l'iceberg : ce qu'on voit d'abord, c'est
un ´hÈros positifª... malheureux !, qui erre, partagÈ entre ses
aspirations, inadÈquates et dÈÁues, et l'utopie socialiste officielle
qu'il se doit d'Èdifier.
Platonov exclut ainsi un monolithisme sclÈrosant : placÈs dans
la lumiËre de la satire ou d'un fantastique nÈs d'un sentiment
aigu d'insuffisance, ses inadaptÈs sont soumis ‡ un doute littÈrairement
vivifiant. Car, comme le dit Barthes:
´C'est
prÈcisÈment parce que Charlot figure une sorte de prolÈtaire
brut encore extÈrieure ‡ la RÈvolution que sa force reprÈsentative
est immense. [...] En montrant l'ouvrier dÈj‡ engagÈ dans un
combat conscient, subsumÈ sous la Cause et le Parti, les autres
oeuvres rendent compte d'une rÈalitÈ politique nÈcessaire, mais
sans force esthÈtique.ª
C'est donc l‡ le premier ´crimeª de Platonov : sans faire de ses
personnages des prolÈtaires encore en amont de la conscience rÈvolutionnaire
comme Charlot, il refuse de rendre compte d'une nÈcessitÈ idÈologique
qui se prÈtend ´rÈalitÈ politique nÈcessaireª.
Et la force de sa dÈmonstration tient ‡ ce que, pour ce faire,
il reprend soigneusement les caractÈristiques du discours idÈologique
(7):
| 1)
discours ÈnonÁable par tous |
nÈgatif
ou positif, le personnage platonovien tient un discours qui
ne lui appartient pas en propre et pourrait tout aussi bien
Ítre le fait d'un autre personnage |
| 2)
dÈconstruction de la singularitÈ du sujet |
la perte de l'identitÈ est le rÍve proclamÈ des hÈros de
Moscou heureuse |
<
---- > il n'est pas l'agent direct de l'action |
passivitÈ des tournures, l'homme est toujours prÈsentÈ
en position de rÈcepteur |
<
---- > il n'est pas l'agent direct de l'action |
pas de marque personnelle dans le discours du personnage,
qui ne fait qu'agencer des formules et des slogans |
3)
similitude apparente avec le discours scientifique |
causalitÈ (et tÈlÈologisme) envahissante |
4)
jeu de prÈsupposÈs implicites |
la reproduction des clichÈs soviÈtiques fait appel aux mÍmes prÈsupposÈs
que dans la rÈalitÈ (ex. : kulak = mal, prolÈtaire = bien etc.) |
Les travaux du premier CongrËs des Ècrivains soviÈtique (1934)
permettent de dÈgager certaines implications essentielles du RÈalisme
socialiste, qui jusqu'ici n'avaient pas ÈtÈ formulÈes: une acceptation
totale de l'idÈologie socialiste - et tel est bien le point de
dÈpart des personnages de Platonov -; un choix de thËmes appropriÈs,
comme l'enthousiasme, l'hÈroÔsme et l'abnÈgation des b‚tisseurs
du socialisme, - et l'ardeur initiale du personnage platonovien
n'est pas ‡ mettre en doute -; une attention exclusive aux ÈlÈments
dynamiques positifs de la rÈalitÈ prÈsente: les personnages de
Platonov s'y appliquent, mais il est vrai que la rÈalitÈ vient
leur apporter son dÈmenti.
Platonov s'efforce, on le voit, de respecter ces exigences. Mais
la t‚che Ètait particuliËrement dÈlicate pour deux raisons au
moins. D'une part, malgrÈ les travaux du ComitÈ Central, les dÈbats
et les rÈsolutions sur la place et le rÙle des Ècrivains et de
la littÈrature, la crÈation du concept de littÈrature soviÈtique
a durÈ autant que le rÈgime lui-mÍme: le Parti ne savait trop
‡ quoi s'en tenir. Ce qui explique que certains auteurs, qui se
voulaient et se croyaient soviÈtiques, comme Vs. Ivanov et A.
Platonov, ont eu les pires ennuis, tandis que d'autres, qui ont
toujours marquÈ leurs distances, n'ont pas eu d'ennuis mortels
(Bulgakov) ou mÍme ont fait florËs (Erenburg).
D'autre part, l'espËce de ´parodieª du Ciment (Cement) de Gladkov,
dont il avait visiblement mesurÈ la dangereuse naÔvetÈ et l'insuffisance
littÈraire, que constitue la Fouille, laisse penser que Platonov
avait saisi toute la difficultÈ de la mission d'Ècrivain soviÈtique.
La critique des annÈes cinquante ne s'est pas privÈe de dÈplorer
une certaine inertie littÈraire, l'ennui qui se dÈgage des oeuvres
de l'Èpoque, l'´ aconflictualitÈ ª qui les caractÈrise. La lutte
du mieux contre le bien ou l' ´ Èchec partiel ª ne parviennent
pas ‡ donner matiËre ‡ un texte vivant. Les ´ hÈros positifs ª
sont fades, inanimÈs, interchangeables. C'est la consÈquence logique
de l'interdiction d'introduire des traits ´ nÈgatifs ª, qui pourraient
pousser le lecteur ‡ des rÈflexions indÈsirables, ne pas peindre
vÈridiquement la ´ concrÈtisation historique de la rÈalitÈ dans
son dÈveloppement rÈvolutionnaire ª, ou laisser croire que l'auteur
n'adhËre pas entiËrement au rÈgime.
Quand la critique ou les thÈoriciens de la littÈrature marxistes
viennent, sans pour autant remettre en question les codes qu'ils
ont instituÈs, reprocher ‡ cette derniËre son aspect figÈ, ils
nous invitent en fait ‡ rÈflÈchir sur ce qui peut Ítre objet de
la littÈrature et ce qui ne peut pas, et pourquoi, autrement dit,
o˘ commence la mauvaise foi. L'auteur soviÈtique est censÈ peindre
une sociÈtÈ qui ne joue pas le jeu de la rÈalitÈ, mais dÈj‡ celui
de la littÈrature. Le hÈros du travail par exemple, n'est pas
crÈdible. L'Ècrivain n'a donc pas ‡ transformer un objet quelconque
en produit artistique, mais ‡ rÈpÈter un objet dÈj‡ conventionnel.
Les auteurs soviÈtiques n'ont certes pu nier l'inconsistance de
leurs personnages, d'o˘ la rÈcurrence de la question du hÈros
positif dans les dÈbats. Or n'ayant pas la latitude de risquer
de contrevenir aux ´idÈaux communsª (8),
la solution envisagÈe par les auteurs orthodoxes a ÈtÈ d'humaniser
leurs portraits par des dÈfauts, des faiblesses (mineures et/ou
corrigÈes), des erreurs (condamnÈes ou momentanÈes et rectifiÈes),
et de tolÈrer des ´Èchecs partielsª qui ne risquaient pas de mettre
en question le triomphe final supposÈ par le marxisme-lÈninisme.
Bien s˚r, il apparaÓt aujourd'hui clairement que mÍme l' ´Èchec
partielª ne pouvait rÈsoudre le problËme littÈraire qui se posait
- que cette ´solutionª e˚t ÈtÈ proposÈe de bonne foi ou non -,
puisqu'il n'est aucunement un conflit. Platonov rÈsout donc le
problËme de la mauvaise foi avec des personnages de "pauvre en
esprit".
Les promesses d'un Bildungsroman ?
Le personnage platonovien tient ‡ la fois du hÈros du mythe, du
conte, et de l'ÈpopÈe. JetÈ dans le monde, il entreprend une quÍte
au cours de laquelle, comme dans les contes merveilleux, il croise
les intercesseurs qui lui indiqueront ce qu'il doit faire. Mais
celle-ci n'est pas une Èpreuve individuelle, et son objet est
universel. Lui-mÍme se considËre d'ailleurs comme la vivante mÈtonymie
de l'humanitÈ, aux prise avec le cosmos (mais Melville et Conrad
situaient aussi leurs personnages au centre de l'immensitÈ universelle).
On serait fondÈ ‡ attendre une maniËre de Bildungsroman,
avec un hÈros dont le retour signifie l'accomplissement d'une
initiation lui ayant permis d'acquÈrir un ensemble de significations
indispensables sur le monde ou sur lui-mÍme. Mais le hÈros platonovien
rentre minÈ par le doute et parfois mÍme dÈvastÈ physiquement,
sans qu'aucun message soit pour autant dÈlivrÈ par l'oeuvre. C'est
en fait l'apparent sens de la vie, opposÈ ‡ son absence ressentie,
qui constitue le drame platonovien; son univers n'en est pas pour
autant une sorte de premier volet du ´monde absurdeª des existentialistes:
aucun verdict n'est rendu, la leÁon de courage n'aura pas lieu.
Chez Platonov, la forme apparemment choisie est subrepticement
dÈtruite: il manque au mythe sa fonction structurante:
´Car
le retour des hÈros dans les fins de rÈcit, s'il s'effectue
dans l'absurde et l'inversion des valeurs accordÈes ‡ la quÍte
n'est pas pour autant un simple constat d'impossibilitÈ de l'action,
ou d'Èchec ‡ construire. En l'absence de toute dÈnonciation
vÈritable, la distanciation critique n'est pas possible et l'ambiguÔtÈ
finale est d'autant plus tragique. Elle laisse augurer prÈcisÈment
la continuation de cette action absurde, montrÈe ‡ la fois comme
jaillie d'un espoir insensÈ et porteuse d'un pouvoir de dÈgradation
qui met en cause l'intÈgritÈ humaine et le sens accordÈ ‡ la
vie. (9)ª
Dans les annÈes 1920-1930, le recours au mythe et au merveilleux
n'est guËre propre au seul Platonov. Vs. Ivanov en use largement,
mais aussi Paustovskij, E. Gabrilovic, Klyckov etc. Ce qui conduit
‡ s'interroger: pourquoi le retrouve-t-on ainsi chez nombre d'auteurs?
Le choix de personnages dont le mode de pensÈe peut Ítre qualifiÈ
de ´primitifª peut justifier l'irruption du merveilleux et de
la structure du conte dans le roman (comme l'illustrait dÈj‡ magnifiquement
le roman de Remizov Soeurs en croix). Ce choix renvoie
‡ un phÈnomËne conjoncturel: la dÈsadaptation de couches sociales
analphabËtes ou presque soudain amenÈes ‡ manipuler un outil linguistique
inÈdit et complexe, la nouvelle langue soviÈtique. En mÍme temps,
le bouleversement politique imposait, aux yeux des artistes, une
nouveautÈ artistique absolue : dans cette quÍte, l'introduction
de caractÈristiques du conte dans la structure romanesque permet
d'Èchapper aux prÈcÈdentes conceptions du roman comme trame dynamique.
Mais cette explication n'est pas tellement satisfaisante: le gouvernement
soviÈtique a en effet dÈj‡ laissÈ entendre qu'il n'entendait pas
se laisser reprÈsenter par l'avant-garde (la plus avide de novation
absolue) ou par les groupuscules prolÈtariens extrÈmistes, qui
d'ailleurs ne se tournent guËre vers ce type d'expÈriences.
Le recours au merveilleux dans la structure romanesque semble
davantage s'imposer du fait de nouveaux besoins et problËmes littÈraires,
diffÈrents d'ailleurs selon les dÈcennies. Dans les annÈes 1920,
les hÈros du conte et de l'ÈpopÈe permettent de restituer l'horreur
de la guerre ‡ travers le prisme d'une glorification joyeuse de
la force ÈlÈmentaire et d'une cÈlÈbration du monde, ce qu'on voit
notamment dans les rÈcits de Babel' et de Vs. Ivanov. AprËs quoi,
l'exaltation de la stixijnost' Ètant ´politiquementª dÈpassÈe,
elle doit disparaÓtre des oeuvres littÈraires. Le merveilleux,
lui, demeure chez certains, trouvant apparemment, dans les annÈes
1930, ‡ remplir une tout autre fonction.
Il semble que les auteurs l'ont pratiquÈ comme un recours contre
l'impasse pressentie de la littÈrature Èdifiante, ou plutÙt, comme
un moyen de produire des oeuvres littÈrairement satisfaisantes
tout en composant avec les nÈcessitÈs idÈologiques. C'est du problËme
de la ´mauvaise foiª qu'il est ici question: le merveilleux va
permettre de rendre compte d'un quotidien fantastique en le dÈpouillant
de son apparente irrÈalitÈ et des menaces qu'il recËle (quand
il n'est pas franchement lugubre). Les RÈcits du chef d'Èquipe
Sinicyn dÈdramatisent, sans les dÈnaturer cependant, les missions
de ´ soviÈtisation ª des populations ´ arriÈrÈes ª du sud de l'Union
SoviÈtique. Dans ces nouvelles d'Ivanov, Sinicyn et ses collËgues
punissent et ´ rÈÈduquent ª les mÈchants par le rire, en imaginant
des stratagËmes et des canulars aussi ÈlaborÈs que comiques. Platonov
ne travaille pas dans ce registre de la farce. NÈanmoins, le choix
du mÍme genre de hÈros chez les deux auteurs impose une distance
‡ la fois critique et bienveillante. Chez Ivanov et Platonov en
effet, le hÈros de prÈdilection est une figure issue du peuple,
quand il n'est pas carrÈment un personnage du panthÈon populaire,
hÈros de la lÈgende ou benÍt du conte. Des personnages qui impriment
leur gaietÈ au monde ivanovien, ou dont la naÔvetÈ, chez Platonov,
sert de rÈvÈlateur ‡ l'absurditÈ, comme dans les contes philosophiques
du XVIII. Des personnages qui autorisent aussi leurs auteurs ‡
prÈsenter le sentiment rÈvolutionnaire non pas tant comme un acte
politique que comme une rÈvÈlation d'ordre mystique. L'idÈe que
se fait du communisme le hÈros de Platonov s'illustre donc dans
des conventions littÈraires adÈquates. Est-il nÈcessaire de dire
que cette cohÈrence profonde est la marque de l'artiste? Elle
permet de rÈaffirmer que l'oeuvre de Platonov est la crÈation
d'un Ècrivain, et non pas le prÍche d'un apÙtre en faveur d'une
sorte de ´communisme tribalª.
Comme le hÈros des bylines, le personnage de Platonov doit donc
donner un sens ‡ l'univers. La forme mythique exerce sa fonction
cosmogonique (elle prÈsente un monde clos, organisÈ et dÈchiffrable,
ou en tout cas, qui se donne pour tel). Mais elle a perdu sa fonction
structurante, ce qui la pare d'une aurÈole de mystËre. Ce caractËre
Ènigmatique est entretenu par la langue elle-mÍme, dont la complexitÈ,
qui pose bien des problËmes de traduction, a suscitÈ de multiples
exÈgËses. On enfoncera une porte ouverte en disant que la quÍte
d'un monde nouveau appelle celle d'une langue nouvelle; mais cette
langue que nous propose Platonov, quand elle affecte les canons
de la grammaire quotidienne (par ses associations lexicales, comme
l'ont soulignÈ de nombreux chercheurs, mais aussi par sa syntaxe)
Èbranle en fait l'ordre du monde avec l'espoir de le changer:
l'enjeu linguistique se double d'un enjeu littÈraire et surtout,
philosophique.
Notes
1A. Platonov, Moscou heureuse,
Robert Laffont, Pavillons ´Domaine de l'Estª, Paris, 1996. Traduit
par Anne Coldefy-Faucard.
2 Cf. A. Epelboin, Les B‚tisseurs
de ruines, poÈtique d'AndreÔ Platonov, thËse de doctorat,
Paris IV, 1995
3 A. Platonov a combattu dans
l'ArmÈe rouge. De retour ‡ VoronËje, il devient ingÈnieur et semble
vouloir vivre son utopie, avant d'en faire l'objet de son Ècriture
: jusqu'en 1926, il oeuvre ‡ la bonification des terres et s'occupe
de travaux hydrauliques, constituant des brigades mixtes de paysans
et d'ouvriers. Dans l'image qu'en donne Sklovskij (cf. la TroisiËme
Usine: Tre'tja Fabrika, Moskva, Artel' Pisatelej, Krug, 1926),
il n'est pas loin d'apparaÓtre comme un fanatique. Il arrive ‡
Moscou en 1926, en tant que dÈlÈguÈ au CongrËs de la bonification
des sols. Il se consacre alors ‡ l'Ècriture, mais reste employÈ
au Commissariat du Peuple ‡ l'Agriculture.
4Evgenij Zamjatin, Le MÈtier
littÈraire suivi de Cours sur la technique de la prose littÈraire,
L'Age d'Homme, Lausanne, 1990, p.153.
5J. Brodsky, ´ AndreÔ Platonov
ª, p.177, in A. Platonov, La Mer de jouvence, Albin Michel,
Paris, 1976 (rÈÈd. 1990).
6 M. Heller, AndreÔ Platonov
v poiskax scast'ja,Ymca.Press,Paris,1982, p. 353.
7RelevÈs par A. Bouacha dans
´ La gÈnÈralisation dans le discours : langue officielle et langue
de bois (AlgÈrie) ª, Langages, mars 1990.
8 Cf. L. Heller, De la science-fiction
soviÈtique - par-del‡ le dogme, un univers, l'Age d'Homme,
Lausanne, 1979, p.101.
9 A. Epelboin, Les B‚tisseurs
de ruines, op.cit., p.91. C'est moi qui souligne (CB).
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